22 Longueurs

Il m’arrive d’échanger avec certains d’entre vous, parfois c’est juste un
merci, parfois c’est du remontage de moral.
Cette fois, c’est Camille qui m’inspire cet article avec une simple phrase
“que  pense le nageur, dans son couloir, pendant toute la durée de ces 22
longueurs de bassin ???”

Hey oui, C’est comme ça le VIH a fait de moi un vrai sportif.
Je ressens l’irrépressible envie d’aller, Nager, 3 fois par semaine.
Je sais aussi que des fois, je n’ai pas envie d’y aller.
D’autre fois, je ne fais que 10 longueurs…
Par moment, j’aimerai en faire 30 ! 40 ou 50…
Comme j’habite une ville dotée d’une piscine olympique.
Il faut que vous sachiez que je nage donc en moyenne 1Km par séance.

[Scène 1] – L’arrivée – Les vestiaires.
“Les garçons ont dit on de drôle de manière, dans les vestiaires”
Non, à cette endroit hormis le mattage intensif, il ne se passe rien.
Je recherche, l’endroit où je pourrais me mettre en tenue.
Je me déshabille, ôte les protections extérieurs, prend le soin de  ranger
mes affaires.

Me voilà, nu, j’enfile alors mon maillot de bain, en me maudissant de
continuer à m’affiner (oui en dessous de ma taille… c’est taille enfant),
j’attrape dans mon sac :
Serviette, Lunettes (ça pique le chlore),Paddle (oui il faut que mes épaules
s’élargissent à défaut de ma taille), gel douche.
Je sors de la cabine qui m’a vu me dévêtir.
Et enfourne le sac dans un casier, l’extérieur attendra que je finisse ma
séance.

Il  fait un peu trop chaud dans les vestiaires, dirigeons nous vers la scène
2…

[Scène 2] – Les douches.
Je monte la volée de marche me séparant de ces lieux.
J’avise les personnes que je ne vois jamais dans le bassin.
Un léger frissons me parcours l’échine…
Je me dirige vers cette douche, celle qui me lavera des pollutions.
Elle me met en condition, sa température augure, souvent, celle du bassin.
Parfois un joli garçon, Obligera Coach à me rappeler à la réalité ou selon
lui :
A sortir le collier étrangleur…

Nous sortons des douches, je m’essuie toujours, la douceur de l’éponge sur
ma peau, l’odeur du savon, je sens le propre, et nous nous dirigeons vers
là…

[Scène 3] – Le bassin
Cris, bruit de l’eau, lumière forte, Odeur de chlore, toujours ces jolis
garçons taillés dans cette matière vivante.
(bon il y’a des exceptions, je suis pas au paradis non plus)
Nous avançons, prêt à nous jeter à l’eau.

J’hésite toujours un peu.
Coach tente toujours de m’encourager, de trouver les mots qui me feront
plonger.
Au pire, il me ferra remarquer un lapin !
Oui, oui ! Tel un lévrier, parfois la carotte d’un bon repas n’est pas
suffisante pour que je veuille m’élancer.

Coach est déjà à l’eau, nous avons posés nos affaires.
J’ai humidifiés et enfilés mes paddles.
Ces extensions temporaires de moi, ces gants dont le port prolongés
provoquera des plaques.
J’ai trempé mes lunettes, pour activer “L’ANTI-FOG System”

Je m’élance, je saute dans le grand bain !
J’ai empli mes poumons d’air.
Mon corps est en contact désormais avec l’élément aqueux.

C’est froid, voir glacé, je n’ai d’autres choix que d’appuyer mes pieds sur
le rebord et donner l’impulsion.
C’est parti, 20 longueurs…
La première déjà.
Penser à expirer sous l’eau, Penser à inspirer hors de l’eau (et pas
l’inverse sinon je tousse.)
J’ai pas encore d’ouïes, je ne suis pas un poisson.
Penser à bien positionner les mains.
Être attentif aux autres, ils n’ont pas l’attention de s’arrêter pour moi.
J’ai un objectif à réaliser.
Les mains en avant, aller chercher cet tension dans mon dos.
Repousser les pieds, avancer, bander mes mollets.
(C’est de la brasse oui !)
Première longueur…
Il fait toujours froid, on continue.
Avancer et avancer encore.
Aller chercher mon souffle, mon second souffle.
Les épaules chauffent.
Les bras tirent.
l’aine fait mal (penser à se reposer après)
Ou a cesser d’utiliser les jambes (c’est bon pour mes pecs, mes bras, mes
épaules)

Le souffle court, le temps passe et les longueurs s’enchainent…
Le bassin se vide et se remplit, comme mes poumons.
Les nageurs vont et viennent.

Parfois c’est dur, parfois non.
5 longueurs ont parfois raison du froid, des fois c’est 15.

Et tout ce, à quoi je pense quand je suis dans l’eau…
Avancer, faire attention, regarder, nager, rien, le vide.
Plus de problèmes, pas de différence.
L’eau glisse, mon corps se cisèle.
C’est pas anodin, j’aime l’ambiance.
Ce n’est plus bruyant, quand je nage, je me rend bien compte que les bruits
du dehors sont étouffés.
Les bruits du dedans sont amplifiés, et pourtant je ne les écoute plus.

Je suis comme une pierre au milieu d’une rivière, comme un poisson dans
l’eau.
Seul le plaisir d’oublier le dehors, la joie d’avancer sans mal, la liberté
de mon corps, la fluidité de mes mouvements.
Et quand je suis fatigué la possibilité de me reposer tranquillement sur le
bord du bassin.
Ou accrochait à un plongeoir, afin de pouvoir observer le monde
tranquillement.

Quand ma besogne est fini, j’appuie mes deux mains sur le rebord du bassin.
Les paumes vers le sol, les bras bandés a leur maximum.
Et je m’extirpe de l’eau, Regagne la surface, regagne le flot de mes
pensées.

Bien vite j’enlève mes paddles, récupère un souffle normal.
Passe la serviette autours de mes épaules, pour ne pas me refroidir…
Je reprend mes esprits, retrouve contact avec la réalité.
Ma tête tourne, je reprend pied, je me laisse le temps.

[Scène 4] – Le retour
Cette fois la douche semble bien chaude.
Le gel glisse doucement sur ma peau.
La mousse s’immisce dans chaque recoins de ma peau.
L’odeur du chlore laisse place à celle du savon.
Mes muscles se détendent, au besoin je les étire.
Je ploies ainsi mon corps à mes propres désirs.
Je m’étonne du bien-être ressenti lorsque je sors de l’eau.
J’observe de nouveau les jolis garçons.
Je déconne de nouveau avec coach.

Et je me sens bien, calme et détendu.
Je reprends mes marques dans ce monde, retourne au vestiaire.
Et me protège, en enfilant de nouveau mes vêtements de ville.
Finissant par m’enduire d’une crème hydratante pour mon visage.
M’abandonner à l’odeur de mon euphorie extreme.
Rediscipliner mes cheveux.
Sentir la caresse de l’air, la rigueur de la pluie, la douceur de la nuit…

La séance est maintenant terminée, le calme intérieur restauré.
La douceur de la soirée installée, un repas (à) préparer et
des moments sympathiques à vivre dans mon intimité.

3 commentaires

  1. Wow ! La description est très réaliste : on croirait nager avec toi.

  2. Oui, c’est à peu près ça, sauf que je n’ai pas l’impression de ressentir le froid dans l’eau, et perso, je compte pas mal les longueurs dans ma tête, en répétant le “nombre” presque à chaque brasse (c’est alza….qui me guette peut-etre!!)..Moi aussi, j’y vais à chaque fois pour faire 40 longueurs, mais c’est toujours plus proche de 20, souvent arreté par l’envie de pisser,et, si je sors du bassin,j’ai la flemme d’y retourner!!

  3. à lire cet article je comprends encore mieux pourquoi je préférais les longueurs sur eaux gélées que dans une piscine chlorée ! sinon qu’il est indispensable dans les deux disciplines d’^etre à fond dans ce qu’on fait sous peine toi de prendre la tasse et moi de m’étaler sur la patinoire avec les risques de coupe coupe des autres patins!


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